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11 Baguettes

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Ce jour-là, une hypersensibilité m’accapare dès mes premiers pas. Ma solitude dans le couloir est à nouveau terrible. Je réalise à quel point j’ai mal aux jambes. Se tenir debout, trop longtemps immobile, devient un supplice insupportable lorsqu’on sort de la torpeur de ses études. J’aurais tant voulu ne pas avoir à utiliser mes jambes. Je sens mes pieds se raidir d’avantage, jusqu’à m’imaginer porter des baguettes sous mon pantalon, totalement insensible à l’usage absurde auquel je les contraints. Et puis d’un saut d’idée, je passe de « baguette » à « braguette ». Qu’une douleur puisse si vite me conduire de la souffrance au plaisir me fait exploser de rire. Un autre me trouverait sans bien dérangé d’être si joyeux face au vide, mais c’est si bon de pouvoir remplir tout seul l’espace de mes échos pulmonaires, sans entraver ma gaieté. Je me trouve donc là, au beau milieu d’un couloir vide, entre une braguette et deux baguettes. Que faire de ces deux pièces pornotechniques ? Je lance des tracés de dessins acrobatiques en l’air, des esquisses de boursouflures qui cherchent à se tenir en équilibre sur le sommet d’échasses, l’une voulant se placer au-dessus de l’autre dans une compétition pour la hauteur qui me fait marrer. Quatre échasses grandissantes servent de prothèses à propulsion aux grosses valises bourrées de matière rose. L’un a un membre tout droit sorti d’une table de billard : il piaffe comme un gros chien qui vient de sauter de la table pour se vider de son fou rire violent. L’autre est musclé, très musclé, avec les fibres sur le point de péter. De petites paumettes plissées hoquettent de partout. À chaque enjambée, des rires incisifs piaffent. L’un prend la posture d’un chef d’orchestre hystérique. L’autre le rattrape et les deux grosses braguettes sur baguettes se mettent à courir, désespérément mal informées du fonctionnement de la gravité. Elles courent dans tous les sens en se poursuivant l’une l’autre. On dirait des araignées affolées. Sur toutes les surfaces,  les membres se cognent et rebondissent sur toutes les surfaces. Je me dis que des araignées qui se couperaient les six pattes pour les mettre bout à bout aux deux restantes seraient des échassières chassantes, de furieuses bombasses aux cloques rose-rouge et bleutées… Puis une fois tout le monde bien impressionné, les baguettes retombent en faisant un petit bruit de cliquetis. Le reste se dégonfle comme si de rien n’était, et avec mes organes génitaux bien rangés, je poussé la porte et je sors.

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