13 Lait

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Cette fois-ci, j’entre et je me rends compte qu’il ne reste plus beaucoup de réalité, ici. Les plans perdent leur prise, se décollent un peu sur les côtés et finissent par se décaler. Ils glissent et parfois tombent en se fissurant. Tout se passe en douceur, mais des fissures apparaissent ça et là.  Une craquelure à leur tranche, une amorce de graphème racontent qui ils sont. C’est une ouverture vers le dedans de leurs plans. Le vide laisse l’espoir d’une tectonique, avec toutes ses ruptures, ses tremblements, ses fentes et ses gouffres.

Après quelques instants, tout semble encore en place. Plus rien ne manque pour dégager les espaces voisins. Ils sont tout aussi vides, ils se calment. Les plans se lèchent les uns les autres. Ils s’effeuillent comme les flocons que les enfants découpent sur des feuilles d’automne. Ils partent s’empiler… et s’étalent au hasard de leur chute. Des nappes humides glissent sur le couloir. On dirait un tapis de branchies diaphanes qui s’éventent sur le sol. Ils pompent de petits courants tourbillonnants, pour faire pulser des rides dont les arabesques ornementent les rapides du vide. Lentement, très lentement, le paysage se soulève comme une baleine au réveil. Elle suspend ses battements d’ailes entre deux couches d’air. Paysage scénique. La baleine est blanche, laiteuse, imbibée. Maintenant elle se dévide en radeaux multiples qui se chevauchent : d’abord trois, puis au loin un quatrième, puis des empilements étonnants dans lesquels je voudrais fouiller un peu, comme on fouille dans un livre maternel.

 

Je sens la façon dont les plans de lait circulent dans une douce errance entre des petits courants d’air. J’aurais espéré voir des pousses de moisissures former de petits îlots colorés ; profitant des larges étendues pour dépasser les îles-flaques. Toutes les autres petites flaquodilles auraient vrillé dans les courants, par hasard, en se déroulant autour de petits pivots aléatoires. Des bouches de volcans de moisissures ouvrent leur masse sombre. L’île aux volcans plats, qui tournent avec des airs de carrousels! En voilà une belle invention! Je me sens dessiner dans les airs, presque voguer silencieusement. Et c’est avec le cœur léger que je salue les îles flottantes, les bulles de lait et la porte. À bientôt petit couloir !

 

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