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16 Gonflage

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Une fois de plus, j’entre sur scène, mon crâne me fait mal. J’anticipe une encognade contre un mur mal localisé.  Je sens une surpression au niveau de ma tête, due à je ne sais quel déséquilibre de mes vertèbres. Je sens aussi les pulsations de mon sang pomper avec effort, comme s’il voulait mettre toute ma personne en état de liquéfaction dans un ballon en caoutchouc, flasque et rétif. La pénétration lui ferait prendre du volume, lisser ses rondeurs, le ferait bedonner…de façon goulument redondante, etc…

 

 

 

Je marche au rythme des pompages de mon cœur, et le flux de mes liquides remonte dans la boule que je tiens droite sur mes épaules. Chaque giclure envoyée par la pompe s’écrase sur une irrégularité de mon visage, et parvient parfois à enfoncer une bosse. « Le mortel et le distant » me vient subitement à l’esprit, puis je me dis que ça doit être un titre. Mais là, je n’ai aucune envie d’écrire un livre, alors je passe.

 

Les faits sont là. Ma narine gauche est déjà enfoncée, de manière à ce qu’il n’y ait plus de cavité. La narine droite est encore creuse, mais elle ne va pas tarder à se déformer, se remplir, s’aplatir … Lorsque la sortie de ma narine droite commence à se refermer, ça dit dans ma tête: « Cette crevasse est un habitacle… habitacle ? – habitant ?? – habité ???…! » Peut-être qu’il y a quelqu’un là-dedans, un domiciliaire qui n’aurait pas encore moufté? Une crevasse ça moule parfois le vide, parfois un complément plus vivant, comme le bébé dans le ventre de sa mère, ou bien le long filet du son de celui qui siffle entre ses dents. Les courbures du moule et de son moulé s’enroulent. En se refermant, la forme creusée va expulser son négatif. Alors je me demande : « est-ce que mon négatif a une âme … ? Est-ce qu’elle est négative ou positive… ? » Pfff! Rêverie d’un mec un peu trop solitaire…  Cela dit, le nez qui abrite ses deux narines est une enveloppe particulière. Pour le nez, c’est l’air qui le traverse qui est son partenaire. Une amante légère qui se glisse dans son drapé. Et voilà que le flux devient contestataire. De l’intérieur, il veut modifier la forme de ma boîte crânienne, par la force de sa poussée pneumatique, de ses giclures d’air répétées. Le cabossage ferme tous mes orifices l’un après l’autre. Je commence à m’inquiéter.

 

Je prends le chemin vers un amas de ballons blanc-roses, dans un coin du plafond qui semble avoir été pondu par un serpent. Je ne m’explique pas comment il a pu grimper sur les murs. Sans doute a-t-il un jeu de ventouses sur le ventre. Je m’arrête de marcher et là, je vois comme ils poussent… et prennent déjà un sacré volume.

 

Les gaz qui se forment dans les ballons tendent leur peau, et déjà, il y a des fuites. Ou peut-être est-ce la naissance de petits organes qui servent de sifflets pour éloigner les prédateurs? Je crois que dans les plis qu’il y a entre eux s’ouvrent des bouches bien grasses qui se mettent à grogner, comme s’ils se raclaient la gorge.

 

Ils s’élèvent, s’allongent, jusqu’à former des colonnes d’air, qui retombent et encombrent tellement le couloir qu’au lieu de s’échapper, ils se privent de liberté…ça les fait piaffer.

 

Ils prennent tout l’espace. S’ils veulent se sentir libre, qu’ils y aillent, les œufs roses, mais je panique un peu en sentant qu’ils sont prêts à m’écraser contre les murs. Heureusement je vois un orifice s’approcher de moi, et je me glisse dedans jusqu’à devenir léger. Je m’envole en tournant lentement, ça me donne la sensation d’être à la fois complet, et très seul.

 

 

 

Je flotte je marche un peu trop légèrement, une colombe passe, mais non, je délire totalement, c’est une poignée de porte. Je m’y agrippe et je sors.

 

 

 

 

 

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