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3 La poule galactique

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Les pas réguliers de ma marche ordonnent mon corps, je le sentais à chaque fois que le doute m’envahissait. Mon doute…C’était mon ennemi le plus solitaire et le plus féroce.

Il n’avait pas grand chose contre quoi se battre. Je ne pouvais que lui offrir mes pas et ma démarche, alors c’est à eux qu’il s’en prenait: « Et si au lieu d’avancer encore, au prochain pas, tu trébuchais, t’effondrais, rétamé au sol et que tu ne retrouvais plus tes jambes pour te relever? » À cela mes pieds répondaient toujours, sans que je sache comment me mêler de leurs chamailleries: « Continue! Pas de fatigue! Nous on est occupés, alors s’il-te-plait, occupe-toi et ne viens pas par là, on se parlera plus tard, et hein, on se verra la semaine prochaine après la réunion ».

Une fois le doute mis en fuite, mes deux pieds restèrent, en reprenant leur traintrain. Trainards, ils se donnent l’air de plier une corne dans un livre à chaque fois qu’ils se reposent, pour se dire : « je continuerais plus tard… » Maintenant, je retourne au boulot. Un nouveau décollage adhésif entame cette répétition comique d’un pied qui reste toujours sur le point de faire quelque chose pour l’abandonner aussitôt. Comme si la plante se soulevait pour se relever, ouvrir son très gros orteils et regarder le monde pour lui montrer sa face, l’interroger, et se préparer à lui asséner un coup de pied en cas d’une calamiteuse incompatibilité d’humeur. Les variations d’angle restaient faibles, je suivais attentivement tous leurs changements les plus infimes. Mes pieds ne savaient pas me dire les choses avec précision et ce non sans un petit grain de poésie, mais ma relation avec eux était intime. Le dialogue s’établissait par le balancement de mon corps. Debout, j’étais à un angle de 90 du sol, mais en marchant j’oscillais autour de ce nombre: 89.4; 88.9 ; 90.1; 90.6… Le pivot central de ma balance se balançait lui aussi. Ce qui était là, en moi, venait de naître. C’était je ne sais quoi, peut-être une bille placée en orbite autour de mon cœur. L’angle de rotation évoluait maintenant à une vitesse continue et faisait le yoyo dans mon thorax et mon ventre. Et puis tout commença à se balancer, la teinte du blanc avec tous ses dégradés, la transparence de l’air, avec des semblants de taches transparentes plus fines que des cils d’enfants. Je voyais les strates de l’air comme si je descendais, en géologue, sous terre. Je me sentais complet, avec la satisfaction d’une poule galactique qui aurait retrouvé tous ses poussins d’astéroïdes. J’étais prêt à sortir. Je poussais la porte, et me voilà dehors.

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