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5 Lumière

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La lumière est toujours la même, et alors que mes degrés de fatigue varient sans cesse, j’admire sa constance. J’ai l’impression qu’elle se propage toujours avec la même vitesse dans la pièce qui avance, se tend et se distend comme une limace. Je retiens mon souffle un instant, ferme les yeux pour réfléchir plus profondément, et … voilà… : les seules variations photoniques qui me caressent se produisent lorsque je cligne des yeux. Aujourd’hui, je m’en rends compte : j’étais à peu près sûr que pour le reste de la journée il n’y aurait rien d’autre à remarquer.

Alors, maintenant, je peux soit mourir d’ennui, soit m’en sortir si… si je me raccroche au dernier détail de ma vie pour trouver une alternative à ce trop plein de lumière…: éteindre. Le monde sans lumière.

Marcher tout droit, parce que sans rien regarder, ça pourrait le faire?

Par ici il n’y a pas de trou dans lequel tomber, pas de racine encore vivante pour m’accrocher la cheville. Je peux dormir debout et traverser ce couloir, en marchant tout droit. Alors je ferme les yeux, j’avance mon premier pied, en imaginant que je dors. La lumière n’a rien de plus à m’apprendre que le silence de l’obscurité. Je veux tellement que les ombres viennent auprès de moi pour me parler. Mais au lieu de me porter au bord de la parole engagée, le silence me bétonne la tête, il l’alourdit péniblement. Les yeux fermés, je vois encore la lumière derrière mes paupières, et des dessins commencent à se former sur ma rétine. Que veulent-ils dire, ces hiéroglyphes rétiniens ? Ils grésillent, en générant des lignes et des points dilués dans un bleu de méthylène. Puis des lucioles vertes roulent dans tous les sens. Je suis en train de regarder à l’intérieur de mon propre corps, et j’y vois une sorte de tableau de bord où les mouvements des écrous et des poulies déplacent mes membres. Une machinerie toute baignée d’huile et de sang. Je vois là tout ce qui me mène d’une porte à l’autre, avec les flux d’un carburant oculaire que la moindre étincelle aurait faite exploser.

Sans m’affoler, je reste dans ce monde mécano-éthylique, et imagine me baigner dans un aquarium sur une plage nocturne, dans le roulement houleux de mon corps. Je me tiens adroitement en équilibre sur l’arc sinusoïdal tendu entre les deux poignées de portes qui, dans l’action, ont toutes deux disparues. Je me retrouve maintenant dans le système de ma marche ‘paupières fermées’.

Et j’aurais continué ainsi à dormir sur mon chemin si quelqu’un n’était pas venu à la table du café où je m’étais assis pour écrire aujourd’hui.

Mais avant ça encore, je pousse la porte.

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