6 Noeuds

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La poignée de la porte était une masse, une matière qui s’était amassée sur un point de l’espace. Je voyais deux poignées, nouées sur une lamelle de porte, sur un point de la ligne de parcours. On aurait dit deux sphères cerbères serrées comme deux points de couture sur la ligne.

Au-dessus de ma tête je voyais alors apparaître une troisième boule. C’était une idée, ronde comme un nœud qui flottait dans les airs. L’idée venait d’apparaître, alors elle était encore neuve, toute petite et nue. Il fallait que je la plante très vite pour qu’elle cesse de bouger et pour que je puisse la regarder de près. Cette petite boule était une graine plantée sur mon crâne. Je sentais qu’elle commençait à me traverser doucement. Je veux la laisser dormir, et me laisser un peu dormir aussi.

Après, j’avoue, je n’en étais pas à mon premier nœud cérébral. D’autres m’avaient échappé, en me traversant en coup de vent. Alors depuis, je garde toujours un peu d’humidité sur le sommet de ma tête : une flaque d’eau dans laquelle les petites graines peuvent tomber pour germiner. Leur racines pénètrent dans mon crâne et y tissent leurs toiles, leur réseaux filandreux et cristallins, là dans mon front, juste derrière mes yeux. J’étais sur le point de m’endormir avec ma graine sur la tête, mais je plongeais déjà dans les profondeurs de ma cervelle obscure. J’étais tout de suite habillé par la broussaille de mes neurones. J’essayais de me dégager comme un mec bourré qui marche dans la nuit, qui lutte lentement avec les ombres enlaçantes, pour les saisir par un bout, mais qui ne cesse de se délier, et de se coincer dans des plis douloureux. Et puis en parcourant les lignes de mes fantômes noués, mes doigts ont finalement touché le bout d’un fil microscopique, un seul parmi des milliers de tracés. À la fin, ce fil, mes deux doigts l’avaient enserré chaudement, et là ça commençait à tirer. La pelote de fantôme s’allongea. Je voyais des milliers de petites bobines scintillantes se dérouler le long de centaines de kilomètres, et mes neurones avec. Le cocon encéphalique, avec moi dedans, avait pris goût au voyage. Alors tout étendu, vraiment au maximum, j’atteignis la porte et sorti.

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